L'Alpe Homicide PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Yves Abraham   
Jeudi, 03 Juillet 2008 16:27
Voir l 'ITV de Yves Abraham. Expo aux Houches jusqu'au 4/2009

Les drames de la montagne font régulièrement la « une » des magazines à grand tirage, Paris Match en tête. Mais on ne sait guère que l’hebdomadaire s’est contenté de moderniser un concept vieux d’un bon siècle. Bien avant l’arrivée des reportages photographiques, les images de catastrophes alpines, en particulier, ont connu de beaux jours, sous la plume d’illustrateurs qui maniaient le tragique et le spectaculaire avec brio, et parfois un brin de mauvais goût.
Dès le XIXe siècle, la montagne commence ainsi à être montrée dans des hebdomadaires réservées à une élite comme L’Illustration ou Le Monde illustré, créés en 1857. La naissance du Petit Journal va révolutionner la presse quotidienne destinée au grand public. En 1863, Moïse Millaud invente la diffusion de masse : prix très bas (un sou), format réduit (d’où le titre) et nombre de pages limité. La politique n’est qu’effleurée, l’accent étant mis sur le fait divers (accidents, larcins, assassinats, etc.) et les divertissements (feuilletons et jeux).Grâce à l’industrialisation de l’impression et à la mise en place de nouvelles rotatives, le succès est au rendez-vous et permet de dépasser pour la première fois le million d’exemplaires pour atteindre, en 1918, le record français de  3 031 312 exemplaires !Une réussite qui fait quelques émules avec, entre autres, Le Petit Parisien (1876). Curieusement, c’est ce second titre qui, dès 1889, prend l’initiative de doter sa formule quotidienne d’un supplément hebdomadaire illustré. Le Petit Journal suit le mouvement. Les pages de couverture s’ornent alors de gravures et de dessins, d’abord en noir et blanc puis en couleurs, qui représentent en général des articles du quotidien. A une époque où l’on ne sait pas encore imprimer la photographie, ces illustrations offrent aux lecteurs une vision des événements traités dans le journal. Le spectaculaire, l’héroïsme ou l’exotisme sont systématiquement mis en avant.Dans cette perspective, la montagne a la part belle. Elle illustre surtout parfaitement l’héroïsme, thème cher au Club Alpin français, qui vient de naître (1874), également favorisé par la soif de revanche postérieure à la défaite de 1870. Chutes, avalanches, inondations, incendies, attaques d’animaux sauvages, alpinistes en difficulté sans  compter les dangers que doivent surmonter les chasseurs alpins (créés en 1888) ou leurs courageux sauvetages, reviennent ainsi avec régularité sous la plume des illustrateurs. A l’étranger, la formule fait également florès. Ainsi, en 1874, un magazine de Milan emploie un certain Tofani, dessinateur qui sera ensuite engagé par le directeur de L’Illustration, et collaborera avec toutes les revues françaises entre la fin du XIXe siècle  et le début du XXe. En 1923, le quotidien de Turin, le Corriere della Serra, crée à son tour un supplément dominical, La Domenica del Corriere, reprenant ce même principe d’illustration et ce jusque dans les années 1950.En France, cette presse populaire connaîtra, entre les deux guerres, une érosion importante de ses ventes, conséquence de la démocratisation de la photographie imprimée et du vieillissement du concept. Lequel est pourtant repris par quelques grands quotidiens régionaux, puis, dans les années cinquante, par le magazine Radar. Notons qu’à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, tous les titres qui avaient continué à paraître (Le Petit Journal, Le Petit Parisien, L’Illustration), accusés de collaboration, ont disparu au profit de journaux issus de la Résistance.
Mise à jour le Jeudi, 03 Juillet 2008 16:40
 
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