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Nicolas Lochu, Thierry Damilano, Remy Escoffier, Jean Marie Faure et Gérard Goupil sont revenus de la voie normale du BroadPeak.

L'équipe du Broadpeak est de retour en France.Nous désirons vous remercier pour votre soutient dans notre aventure au Pakistan.
A suivre dans quelques jours, un compte rendu sur nos réflexions, nos pensées, nos fantasmes sur la prochaine expédition...
Avec toutes nos amitiés

Camp de base le 21 juillet 2005

Jean Marie et GG ne sont plus avec nous. Après une nuit blanche, occupés à réchauffer nos pieds: réveil pourtant motivé à deux heures du matin. Nous n'avons à cette heure aucun doute.
Nos montées aux camps 2 et 3 les deux jours précédents furent faciles. Nous étions près, déterminés, confiants, trop confiants... Sous le col, aux environs de 7800, nous décidons d'abandonner...


Camp de base le 24 juillet 2005

Trois jours après, une question nous habite encore : pourquoi? Comment avons nous pris cette décision?
Une somme de facteurs, dont certains nous sont connus, a déterminé notre choix. Une acclimatation insuffisante, des difficultés dans nos choix stratégiques, liées notamment aux problèmes météo rencontrés au cours du dernier mois, les conditions d'enneigement défavorables à une avancée aisée à partir de 7500, des risques d'avalanches certains, une chenille humaine ce jour se presse, attente aux cordes fixes… Un univers que nous ne connaissons pas, des repères différents de ceux que nous tentons de maîtriser habituellement. D'autres choses encore : le doute, une remise en cause personnelle,
quelle acceptation avons nous de nos propres difficultés? Manque de patience, nous voulons aller vite.
Nous recherchons un alpinisme technique, rapide, léger… N'acceptons que rarement le labeur, la lourdeur, la lenteur… Avons nous étés victimes de nos qualités de grimpeurs? Notre état d'épuisement justifiait-il de renoncer? Ce jour la, combien ont-ils continués? Combien étaient-ils à l'antécime? 2,5 ou 10, nous ne saurons jamais tant les infos sont contradictoires. Mais nous savons que tous ont attendu, longtemps, patiemment, certaines fois plus de 4 heures au col, pour se reposer, pouvoir accéder aux cordes fixes sur l'arête finale… 4 heures d'attente… nous en étions mentalement incapables… Nous apprenons depuis notre retour les ''légendes'' de ce jeudi 21. Un Italien qui voulait battre le record de vitesse d'ascension serait
devenu fou… oedeme cérébral? Un Polonais aurait passé une nuit dans une crevasse, avec une jambe
cassée, ou une cheville foulée? L'expédition française (c'est à dire nous) aurait réussie le sommet
quelques jours avant même notre tentative dixit une expé américaine qui aurait parlé de l'affaire au retour vers Askole. Un autre se serait reposé toute la nuit, petite sieste au col… ses collègues ne s'en seraient aperçu qu'au petit matin… L'imaginaire, le fantasme, les mythes, construisent une réalité de la
fiction, une montagne fantastique… l'enjeu de l'ascension est une recherche ''d'inaccessible'', une élévation absolue, une autre existence… une conquête existentielle, se grandir… les toits du monde
assouvissent notre volonté de puissance, nos désirs mystiques, nos visions mythiques…
Peut-être est-ce cela la prédisposition nécessaire à la réalisation d'un tel projet?
Peut-être n'avions nous pas cette conscience avant? Peut-être avons nous décidés de prendre conscience avant tout des autres, de notre intégrité, de notre sécurité, d'une aventure humaine riche et sensible…
Bien sur nous étions la pour un sommet qui s'appelait BP 8051. Mais quel aurait été ce sommet sans une histoire, ce passé de frangins, ce présent, parfois violent que Rémi a vécu dans cette proximité avec
son frère, dans cet espace où il a disparu 7 ans auparavant…
Ce choix que nous avons fait en venant ici était lié à notre envie de partage, d'échange, de soutien et d'amitié… étaient-ce les meilleurs conditions pour parvenir à 8051m?
Bientôt les regrets laisseront la place à tous ces moments intenses et sincères que nous avons partagés…

Paris 5 août 2005
Nicolas LOCHU, Jean Marie FAURE, Gérard GOUPIL, Thierry DAMILANO, Rémi ESCOFFIER