|
La météo de Cointrin annonce une belle journée, il vient de neiger, sans vent et j'ai une journée de libre. Un téléphone à David.
-" Tu as déjà des images du couloir en Y à l'Aiguille d'Argentière ? "
-" Non ! "
La rimaye est passée, la neige est excellente, pas trop profonde et malgré l'orientation sud-ouest de la pente, elle est encore poudreuse. La neige crisse sous nos pas, nous montons tranquillement la première partie du couloir. David découvre, petit à petit, l'ambiance de la pente raide. Tous les dix pas, la question classique ; comment vais-je descendre ce toboggan, avec mes skis ? Et si je tombe, et s'il y a une plaque de glace ou à vent et sis
Plus nous montons, plus les peurs s'évacuent, elle s'envolent au rythme ou les rêves de belles courbes, prennent leur place. Nous nous relayons pour marquer la pente de nos empreintes. Le milieu du couloir est divisé par deux branches, celle de gauche, est généralement, plus enneigée. Notre choix sera donc à gauche. La pente se redresse, David trouve que c'est un peu plaqué, moi je pense que cela va être hors normes. Nous allons pouvoir nous lâcher en pleine pente, et mes sens se réveillent face à une telle excitation. Un gosse qui va à sa première course d'école ! Nos pas s'accélèrent, le soleil chauffe le haut du couloir et j'ai trop envie de poser des traces paraboliques, si éphémères soit-elles, dans ces 30 centimètres d'or blanc et frais.
La sortie du couloir est plus raide, un cours passage à 50 °. L'arête sommitale, moins raide, nous permet de rejoindre le sommet. Un point de vue exceptionnel, sur le bassin d'Argentière et les alpes valaisannes. Un rapide coup d'¦il sur le couloir Barbet, en face est, il a l'air bien, mais pas aussi bon qu'il y a quelques années quand nous l'avions skié avec Antoine.
David rejoint l'entrée du couloir, il me fait signe de venir. Je vois le point rouge de sa caméra, il tourne, c'est à moi, de tourner, et si possible, rond ! ! !, Deux, trois virages sur la crête sommitale et, "flouf" une boîte! J'ai perdu les deux skis, et je ne suis que dans du 25° ! ! !
Pas de mal, mais la confiance en a pris un coup ! David, constate, que la partie n'est pas encore jouée !
L'entrée du couloir est sous mes skis, la neige est profonde, je vais donc pouvoir me laisser aller à de grandes courbes enchaînées. Je le pense ! Comme à chacune de ces descentes, le premier virage donne le tempo de la suite. Nos coeurs, sous la tension nerveuse, nous offrent, eux, un concert de percutions. Premier virage, les skis marquent cette poudre blanche, tout est doux, la caméra tourne et les sensations réveillent nos êtres. Premier, second, troisième virages, ils s'enchaînent comme dans un bon film ( Facile, mais juste.)
Non, je ne remonterai pas pour refaire cette séquence, c'est trop bon.
En un virage, nous perdons 5 à 7 mètres de dénivelés.
Le plaisir dans un état pur, la neige coule vers le bas, la pente nous reçoit en douceur.
David alterne les plans, soit il film du dessus, soit il se place 30 mètres sous moi. La première partie, la plus raide, nous permet de réaliser de belles images. La seconde partie du toboggan, est orientée plus au sud, la neige est déjà transformée, et le ski moins doux.
Déjà, je voudrais remonter, revivre ce qui vient d'être vécu, déjà, cette sensation de faim non apaisée, encore et encore de ces courbes magiques, enivrantes.
Nous arrivons vers la rimaye, elle se traverse à pied, le rocher apparaît et la largeur des skis ne passe pas. David me précède.
Je vais rechausser les skis rapidement, qu'il puisse finir la descente, avec une image vers la rimaye. Rêve toujours Xavier !
Les dernières images se passeront de moi. Je file derrière une crête de neige et David ne peut me suivre, dans son viseur. Un commentaire digne de la censure clôt notre sortie de l'Y.
Cette journée fut un bol d'oxygène fabuleux, merci David.
|