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Jean Marc Perreaut - Revue de Presse du Dauphiné Libéré - Article du 23/8/2003

Aiguille du Midi, une face bien au soleil

Ouvert par deux amis réunis par l'amour de la montagne la face Sud de l'Aiguille du Midi inonde ses longueurs d'un soleil généreux.
Prise d'assaut par des cohortes de touristes endimanchés, objet des paris les plus fous de la part des ingénieurs, l'aiguille du Midi reste l'un des symboles fort de la vallée de Chamonix. Fort heureusement le déploiement de technologie, de câbles, de béton et d'acier concentré en son sommet se met aussi au service des alpinistes, leur offrant en quelques 20 minutes un terrain de jeu exceptionnel. Bien sur en consentant quelques délais d'approche, l'arête de toutes les émotions s'ouvre sur un choix d'itinéraires glaciaires, neigeux ou rocheux pratiquement unique. Mais là juste aux pieds de cette tour, inondée de soleil, se dresse un pilastre de Protogine rouge dont la beauté éblouirait le plus blasé de voyageurs. Certes, il n'a pas l'ampleur des grandes faces du grand Capucin ou des Drus. Mais la pureté des lignes, l'équilibre de l'ensemble et la couleur si dense en font un raffinement pour le regard.
Et cette face semble animée. Dès les premiers rayons de soleil printaniers, les grimpeurs viennent prendre possession de leur terrain. Très tôt cette face orientée plein sud profite d'un ensoleillement généreux pour sécher ses dalles et ses fissures. Aussi lorsque les derniers skieurs s'élancent pour une ultime Vallée Blanche, les premiers rochassiers enchaînent les longueurs initiales d'une saison nouvelle. Puis tout au long de l'été les cordées se succèdent à l'assaut des ses lignes. Alors bien sur une telle fréquentation pour un lieu si accessible pourrait en faire une falaise d'altitude, une paroi d'escalade sportive. La volonté conjuguée des professionnels de la montagne s'y refuse pour préserver avec bonheur l'esprit des ces lieux. A 3800 mètres, il faut une démarche de montagne pour venir grimper.
Parmi les itinéraires tracés sur ce rocher, il faut avoir remonté la " Rebuffat-Baquet ". Classique parmi les classiques, cette voie est une sorte de mythe ouvert par deux amis si différents par leur parcours et pourtant si proche par leur amour de la montagne.
Elle se développe avec un sens fin de l'itinéraire qui permet de se jouer des dalles compactes et des surplombs repoussants. Ainsi après le départ à l'aplomb d'un toit sinistre la première longueur vient narguer cette difficulté pour déboucher en son extrémité la plus faible et rejoindre une fissure ténue qui serpente au milieu d'une dalle sans autre ride : " La fissure en S ". L'escalade est fine, il faut jouer de l'alternance entre les adhérences et les coincements. L'équipement en place est bon et permet au premier de cordée d'affronter la difficulté l'esprit libre. Par la suite le parcours se déplace vers la gauche de la face pour remonter une succession de couloirs cheminées à la difficulté modérée mais à l'équipement rarissime. Il faut savoir lire. Lire les faiblesses de la paroi, lire le cheminement le plus aisé, le plus logique, déjouer les pièges, lire enfin les traces laissées par les générations précédentes. Puis, après un dernier dièdre soutenu la cordée débouche enfin sur une fine arête de bonheur, à deux pas des terrasses aménagées et de leur foule. Un sommet pour une saison d'escalade.

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