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Aiguille
du Midi, une face bien au soleil
Ouvert par
deux amis réunis par l'amour de la montagne la face Sud de l'Aiguille
du Midi inonde ses longueurs d'un soleil généreux.
Prise
d'assaut par des cohortes de touristes endimanchés, objet des paris
les plus fous de la part des ingénieurs, l'aiguille du Midi reste
l'un des symboles fort de la vallée de Chamonix. Fort heureusement
le déploiement de technologie, de câbles, de béton
et d'acier concentré en son sommet se met aussi au service des
alpinistes, leur offrant en quelques 20 minutes un terrain de jeu exceptionnel.
Bien sur en consentant quelques délais d'approche, l'arête
de toutes les émotions s'ouvre sur un choix d'itinéraires
glaciaires, neigeux ou rocheux pratiquement unique. Mais là juste
aux pieds de cette tour, inondée de soleil, se dresse un pilastre
de Protogine rouge dont la beauté éblouirait le plus blasé
de voyageurs. Certes, il n'a pas l'ampleur des grandes faces du grand
Capucin ou des Drus. Mais la pureté des lignes, l'équilibre
de l'ensemble et la couleur si dense en font un raffinement pour le regard.
Et cette face semble animée. Dès les premiers rayons de
soleil printaniers, les grimpeurs viennent prendre possession de leur
terrain. Très tôt cette face orientée plein sud profite
d'un ensoleillement généreux pour sécher ses dalles
et ses fissures. Aussi lorsque les derniers skieurs s'élancent
pour une ultime Vallée Blanche, les premiers rochassiers enchaînent
les longueurs initiales d'une saison nouvelle. Puis tout au long de l'été
les cordées se succèdent à l'assaut des ses lignes.
Alors bien sur une telle fréquentation pour un lieu si accessible
pourrait en faire une falaise d'altitude, une paroi d'escalade sportive.
La volonté conjuguée des professionnels de la montagne s'y
refuse pour préserver avec bonheur l'esprit des ces lieux. A 3800
mètres, il faut une démarche de montagne pour venir grimper.
Parmi les itinéraires tracés sur ce rocher, il faut avoir
remonté la " Rebuffat-Baquet ". Classique parmi les classiques,
cette voie est une sorte de mythe ouvert par deux amis si différents
par leur parcours et pourtant si proche par leur amour de la montagne.
Elle se développe avec un sens fin de l'itinéraire qui permet
de se jouer des dalles compactes et des surplombs repoussants. Ainsi après
le départ à l'aplomb d'un toit sinistre la première
longueur vient narguer cette difficulté pour déboucher en
son extrémité la plus faible et rejoindre une fissure ténue
qui serpente au milieu d'une dalle sans autre ride : " La fissure
en S ". L'escalade est fine, il faut jouer de l'alternance entre
les adhérences et les coincements. L'équipement en place
est bon et permet au premier de cordée d'affronter la difficulté
l'esprit libre. Par la suite le parcours se déplace vers la gauche
de la face pour remonter une succession de couloirs cheminées à
la difficulté modérée mais à l'équipement
rarissime. Il faut savoir lire. Lire les faiblesses de la paroi, lire
le cheminement le plus aisé, le plus logique, déjouer les
pièges, lire enfin les traces laissées par les générations
précédentes. Puis, après un dernier dièdre
soutenu la cordée débouche enfin sur une fine arête
de bonheur, à deux pas des terrasses aménagées et
de leur foule. Un sommet pour une saison d'escalade. |