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Nous avons répété « Reticent Wall » (Steve Gerberding, Scott Lowe & Laurie Stowe, 1995, VI A5, 5.7) du 1er au 11 octobre 2004 en compagnie de Guillaume Avrisani et Alban Faure. Dans le dernier topo d'El Capitan (supertopo) reticent est la voie la plus difficile et c'est la seule voie où l'on trouve une longueur d'A5 R moderne.
Cette ligne incroyablement soutenue fait 14 grandes longueurs, certaines font plus de soixante mètres, et 60 mètres dans de l’A3 New Age c’est long !
On rejoint Reticent wall en empruntant les 7 premières longueurs de « New dawn ». Les 1 et 2 octobre nous fixons les 5 premières longueurs de new dawn. Le 3 on se repose et on attaque le 4. Guillaume et Alban terminent les deux dernières longueurs de New Dawn qui nous mènent au camping de Lay Lady Ledge. Et j’attaque reticent par une longueur d’A3, une traversée descendante sur crochet : il va falloir gérer le tirage ! Le bivouac à Lay Lady Ledge est royal, on enlève les harnais… Le 5 octobre Guillaume attaque la première section d’A4 cela commence par un mélange de libre et de passages sur crochets. Je fais la longueur suivante A3. Ma première longueur d’artif de plus de soixante mètres, c’est long. Le bivouac à R3 est plein gaz, pas la moindre vire dans un mur léger devers. On est dans le vif du sujet. Le 6 au réveil, deuxième passage d’A4 pour Guillaume, une traversée avec des pendules sur copper et une fin de longueur tout aussi difficile cotée A3 avec du crochet dans une expanding. Je fais la longueur suivante, encore 62 mètres A3+, heureusement de longues sections sur crochets permettent de limiter le tirage et le nombre de points à mettre en place.
Alban fait quelques mètres dans la longueur suivante : de l’A2 des familles, il part au dessus du relais avec deux mouvements sur crochets puis il pose un copper, comme c’est son premier je ne suis pas rassuré et j’ai peur de le voir me tomber dessus. Enfin après un stopper moyen et un crochet de plus il peut clipper un rivet, je suis soulagé. Il termine sa longueur le lendemain et l’on est vers 13 heure à Vino Tower. J’attaque la grande longueur d’A4, 4h30 plus tard et 63 mètres plus loin je fixe la corde à R8 et redescend dormir à Vino Tower. J'ai hésité longtemps devant une écaille posée à trois mètres du relais, ne sachant pas comment l'aborder :dès que je posais un camalot dans l'écaille elle pivotait et le camalot sortait également. C'est finalement en pendulant sur un copper et en libre que j'a réussi àtraverser dessous pour rejoindre le relais. On est le 8 octobre et c’est notre 4ème bivouac.
C’est au tour de Guillaume d’attaquer sa première grande longueur, A3 expo 65 mètres . Il passe 6 heures dans la longueur ! Quelques mètres de la longueur suivante sont commun avec le classique « Wall of the early morning light » je me rend vite compte de la facilité que crée les répétitions dans une voie. Tous les emplacements sont bien marqués les écailles font beaucoup moins douter. Après une vingtaine de mètres je dois quitter early morning light, et me pendre dans du devers sur un seul rurp, ce n’est que de l’A3 et j’arrive au relais à la nuit. Je fixe la corde et descend dormir à R9. 5ème bivouac 9 octobre. Dernière grande longueur de 62 mètres en A3 pour Guillaume. Il passe 8 heures dans la longueur. J’ai à peine le temps de faire la longueur suivante avant la nuit. Celle qui mène au pied du crux. 10 octobre, 6ème et derniere nuit dans le mur. Je suis bien concentré pour la longueur d’A5R. On commence par une fissure en A1 sur 10 mètres, c’est rassurant. J’attaque par des bonnes lames, c’est bizarre j’ai la sensation que c’est une expanding. Ce n’est pas possible cela serait indiqué dans le topo. Quelques mètres plus tard, j’en ai la confirmation le piton que viens de placer a écarté le fissure celui sur lequel j’étais est sortis et celui d ’en dessous aussi, je me retrouve à la case départ stoppé 30cm au dessus du portaledge. C’est quoi cette farce. Je reprend la fissure comme une expanding en lui matraquant un bon gros lost arrow. C’est bien mieux. La suite remonte une écaille en ascendance à gauche dans du devers. Les coppers travaillent tous en arrachement. Cela va pour progresser, d’autant plus que j’arrive à placer quelques beaks. Deux mouvements sur crochets et l’on arrive au pieds de l’écaille clef : une « fragile expanding flake » indique le topo. Je repense au commentaire de Steve Gerberding à l’ouverture “that is the only pitch I ever rated A5. Strung out on beak tips and hook on looses flakes, high above a ledge, I prayed the features would run out so that I could drill a rivet” the feature never run out... Heureusement on peut ne pas pitonner dedans et passer sur crochet. Le cheminement est complexe et astucieux ; on relie des petites écailles par des mouvements sur crochets naturels. La longueur est exceptionnelle et complètement naturelle.
On s’y perd plusieurs solutions pour les crochets semblent possibles. Une seule mène relais, mieux vaut choisir la bonne. 7 heures après le départ j’ arrive au relais la tête vidée. Alban en termine avec la 14ème et dernière longueur ; on peut enlever notre harnais… Un grand feu au sommet d’El Cap nous réchauffe bien. La tension est tombée. Le simple fait de pouvoir marcher sur du plat procure une sensation particulière. Plus besoin de réfléchir ; est on bien assuré ne va-t-on rien faire tomber ? Tout semble alors si simple.
Un grimpeur me prend en stop pour m’amener à la voiture garée à El Cap Meadows. Il m’apprend que lors de la première Gerberding avait fait installer les sacs de hissage sur la vire au cas où. Quelle bonne idée j’ aurai du y penser.
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